“Nina, dis-moi ce que tu as senti dans mon corps”

Ce que cette question révèle sur notre rapport au soin énergétique

C'est une des phrases que j'entends le plus souvent à la fin d'une séance de soin énergétique de l'utérus.

La femme en face de moi vient de traverser quelque chose d'intime. Son corps a bougé, quelque chose s'est déposé ou s'est ouvert. Et sa première question, souvent, est tournée vers moi :

“Qu'est-ce que tu as ressenti ?”
“Tu as vu quelque chose ?”
“Il y a des blocages ?”

Je comprends profondément d'où vient cette question. Et je veux écrire là dessus aujourd'hui, pas pour juger celles qui la posent, mais pour explorer ensemble ce qu'elle révèle, et ce qu'un soin éthique peut offrir à la place.


Un conditionnement profond

Nous avons toutes grandi avec un modèle du soin très précis : on va voir un expert, il examine, il diagnostique, il dit ce qui ne va pas. Ce modèle est tellement ancré qu'on le transpose naturellement dans d'autres espaces, y compris les soins énergétiques.

Sans le réaliser, on attend du praticien qu'il joue ce rôle d'oracle. Celui qui voit ce qu'on ne peut pas voir soi-même. Celui qui nomme ce qui est caché.

Et beaucoup de praticiens répondent à cette attente. Pas forcément par manipulation, souvent par bonne intention, par désir d'aider, par habitude. Mais aussi parfois parce que tenir cette position d'oracle est valorisant, et crée une forme de dépendance qui fait revenir les clientes.

Le problème, c'est que ce modèle fait du mal. Même quand il est bien intentionné.


Ce qui se passe quand un praticien “lit” à ta place

Quand quelqu'un pose une interprétation sur ton corps avant que tu aies pu explorer ton propre ressenti, plusieurs choses se produisent :

  • Son interprétation vient recouvrir la tienne. L'image qu'il te donne, une âme perdue, un blocage dans la lignée, une blessure non résolue, commence à organiser ton vécu autour d'elle. Tu vas chercher à la confirmer plutôt qu'à ressentir librement.

  • Tu perds confiance en ta propre perception. Si quelqu'un d'autre voit mieux que toi ce qui se passe dans ton corps, pourquoi te ferais-tu confiance ? Ce mécanisme, répété, éloigne progressivement les femmes de leur propre intériorité.

  • Tu deviens dépendante d'une parole extérieure. Et c'est peut-être le glissement le plus insidieux. Parce que tu reviendras chercher des réponses là où tu as appris à les trouver, chez le praticien, plutôt qu'en toi.

Ce n'est pas un soin. C'est une forme de captation, même involontaire, de ta souveraineté.


La petite déception que je reçois parfois

Je vais être honnête : quand je ne réponds pas à cette attente, je vois parfois une légère déception s'installer.

Et je la reçois avec beaucoup de douceur. Parce que je sais que cette attente est légitime, elle vient de quelque chose de réel, le désir d'être vue, d'être comprise, de recevoir des réponses.

Mais mon rôle n'est pas de te donner mes réponses. Mon rôle est de t'aider à trouver les tiennes.

Alors plutôt que de partager ce que j'ai ressenti, je retourne doucement la question :

“Ce que j'ai ressenti m'appartient, et ce qui compte vraiment c'est ce que toi tu as vécu. Qu'est-ce qui s'est passé pour toi pendant le soin ?”

Et souvent, quelque chose s'ouvre. La femme commence à parler de ce qu'elle a traversé, une image, une sensation, une émotion,et elle réalise qu'elle avait déjà tout en elle. Elle n'avait juste pas encore eu l'espace pour le formuler.

C'est ça, le vrai soin.


Ce que je pose comme cadre avant même que la question arrive

J'ai appris à nommer ma façon de travailler dès le début de la séance, pour que l'attente soit claire :

“Je ne suis pas là pour lire ton énergie et te dire ce qui ne va pas. Je suis là pour créer un espace où toi tu peux ressentir et explorer. Ce qui émerge t'appartient, et c'est toi qui lui donneras le sens juste.”

Ce cadre posé en amont change tout. La cliente entre dans la séance avec une invitation à se tourner vers elle-même, plutôt qu'une attente tournée vers moi.

Et à la fin, la question n'est plus “qu'est-ce que tu as vu ?” mais “qu'est-ce que j'ai ressenti ?”, c’est un tout petit glissement de mot, qui change tout.


Ce qu'un soin éthique fait vraiment

Un soin éthique ne te donne pas de réponses. Il te donne de l'espace.

Il ne te dit pas ce qui ne va pas dans ton corps. Il t'aide à écouter ce que ton corps dit déjà.

Il ne te rend pas dépendante d'une parole extérieure. Il renforce ta confiance en ta propre perception.

Si tu repars d'une séance avec une interprétation posée sur toi par quelqu'un d'autre,surtout si elle t'a troublée, effrayée, ou si elle ne résonne pas vraiment,prends le temps de questionner. Tu as le droit de ne pas la garder. Tu as le droit de dire que ça ne te parle pas.

Ton corps t'appartient. Ton ressenti t'appartient.
Et la signification de ce que tu traverses, elle t'appartient aussi. 🤍

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